Les anciens salariés ont l’avantage, s’ils ne sont pas fâchés avec l’employeur qu’ils quittent, d’avoir un pied dans une rédaction et commencent souvent par y collaborer lorsqu’ils démarrent en libre. De plus, ils bénéficient sans doute de liens dans d’autres supports, leur nom est plus ou moins connu et ils ont un «press-book». Le nouveau venu dans la profession doit faire ses armes seul. Il peut arriver qu’il se voie proposer rapidement des correspondances ou des collaborations sur appel. Mais la jungle commence souvent lorsqu’il s’agit de proposer ses propres articles ou reportages.
Les conditions de travail des collaborateurs extérieurs ont été négociées avec les éditeurs et font partie intégrante de la CCT. Reste à trouver le bon modus vivendi avec les rédactions.
Les conseils qui suivent ne sont que des indications générales: encore une fois, chaque situation est particulière.
A qui s’adresser?
Identifiez le fonctionnement de la rédaction visée et la personne en charge de la rubrique qui vous intéresse. La moindre des choses est de connaître le support auquel on s’adresse. Il est évidemment utile d’y avoir un contact de confiance. Dans le cas contraire, n’hésitez pas à demander leur avis à des collègues libres, qui pourront partager leur expérience. Attention aux moutons noirs, ces rédactions qui fonctionnent presque uniquement avec des libres (donc accueillent volontiers leurs contributions), offrent des tarifs en dessous des minima… et finissent parfois par ne jamais payer.
Que proposer?
Chaque journaliste a ses propres domaines d’intérêt, réseaux et compétences. L’essentiel est de soumettre des idées qui sont d’une part en phase avec le support en question, d’autre part qui comportent une réelle plus-value. Le compte-rendu d’une conférence de presse déjà couverte par les journalistes salariés n’a aucune chance de trouver preneur, alors qu’une enquête inédite sur un sujet novateur sera plus facile à placer. Les rédactions sont inondées de communiqués, de dépêches d’agences et pour certaines, de propositions d’autres Libres. Il faut donc jouer sur l’originalité, l’exclusivité et le «timing». Certains sujets arrivent selon l’actualité trop tôt ou trop tard.
Comment proposer?
C’est souvent le premier problème qui se pose au Libre qui n’a pas un allié dans la place. Comment expliquer un sujet d’article sans risquer de se le faire piquer? Jusqu’où doit-on dévoiler ses batteries? Le principe de base est simple, s’il n’est pas toujours facile à appliquer: éviter de communiquer l’information clé, celle qui permettrait, tout autre critère mis à part, de traiter le sujet sans vous. Dès le moment où une relation de confiance s’installe, ces précautions devraient devenir inutiles.
La présentation du sujet doit être simple et concise. Cherchez un bon titre de travail, cela vous obligera à synthétiser vos idées. Souvent, une préenquête est nécessaire pour assurer la faisabilité du sujet et collecter des arguments. Dans la mesure du possible, ce temps de préparation doit être pris en compte dans les futurs honoraires.
Parlez d’argent…
…le plus vite possible. Un journaliste libre n’est pas un mendiant. Il faut donc s’accorder sans détour sur l’ampleur du travail et la rémunération. Cela évitera, autant pour la rédaction que pour le collaborateur, des malentendus qui pourrissent les relations. La CCT est une base solide, en gardant à l’esprit qu’elle fixe des minima et que ces derniers sont liés à des conditions précises. Souvent les rédactions sortent un chiffre de leur chapeau et tentent de l’imposer. A chacun de savoir s’il y trouve son compte sans tomber dans la sous-enchère, s’il tente de négocier de meilleures conditions, ou s’il décline l’offre. Faites respecter vos droits, on vous respectera. Inutile de faire des cadeaux aux éditeurs, vous n’obtiendrez jamais rien en retour. Visez plutôt la qualité et la fiabilité.
Soignez le travail
Une fois le cadre fixé, l’essentiel est évidemment de livrer un travail soigné, en respectant les délais et le lignage. Quitte à dépasser (au début du moins) le temps d’enquête et de rédaction convenu. Cela implique de connaître les habitudes de la maison (genre de titre, chapeau, sous-titres, etc.) et de s’y adapter. Le but étant que la rédaction ait le moins d’interventions à faire après coup. Exigez de discuter les éventuelles modifications et vérifiez les corrections faites par la rédaction (y compris le titre). Ce droit est prévu par la CCT. L’article paru représente la véritable carte de visite du journaliste.
A ne pas oublier: sauf accord contraire (et rémunéré), le Libre demeure propriétaire de ses droits, il peut donc revendre un article publié à d’autres supports en ayant soin de mentionner sa première parution.
Multipliez les contacts
Une hirondelle ne fait pas le printemps et les premières parutions ne lancent pas une carrière. Les refus seront plus fréquents que les accords, pour des raisons plus ou moins fondées. Il faut garder à l’esprit la différence de perspectives entre une rédaction et un collaborateur extérieur. Ce dernier, dès lors qu’il s’empare d’un sujet, a tendance à le considérer comme le plus important du moment. Le rédacteur salarié, de son côté, est bombardé d’informations qu’il n’a pas toujours le temps de digérer. Il a aussi une approche plus distancée et comparative des sujets. Il arrive qu’une rédaction ait de la peine à juger de l’intérêt d’une proposition par manque de connaissances. Elle peut avoir tendance à suivre ce que publient les grandes agences. Parfois au contraire, elle est mieux informée que le Libre, notamment sur ce qui a paru ailleurs, ayant accès à plus de sources. Elle peut aussi bien décider que «cela n’intéresse pas [nos] lecteurs», une excuse très commode. Morale: l’obstination est la mère de toutes les vertus pour les journalistes libres.
Vous aurez intérêt à multiplier rapidement vos contacts afin d’élargir votre base de subsistance et de ne pas être trop dépendant d’une ou deux sources de revenus. Rien n’est plus fragile que la relation avec une rédaction. Là aussi, les échanges avec d'autres journalistes libres sont souvent précieux.
Reportage à l’étranger
Si vous avez une idée claire de votre sujet et de sa faisabilité, prenez contact avec des rédactions avant le départ pour tenter de négocier un arrangement, avec participation aux frais. N’oubliez pas de demander une lettre d’accréditation (dans une langue utilisable, en anglais au moins) qui atteste que vous êtes envoyé par cette publication. Dans certains pays, elle est un complément indispensable à la carte de presse.
La carte de presse internationale (délivrée par la Fédération internationale des journalistes via impressum) peut être utile, toutefois l’expérience montre qu’elle n’est pas absolument nécessaire.
Le reportage à l’étranger est par définition coûteux. Une seule parution ne couvrira jamais les frais et le travail engagés. Pensez à multiplier les accords de collaboration avant votre départ et à extraire de votre voyage des aspects qui pourront être placés dans divers supports sans se faire concurrence.
Et en dehors de la presse?
L’inscription au registre professionnel (RP) exige que la moitié au moins de l’activité professionnelle soit consacrée à un travail journalistique. Cela laisse de la marge pour des collaborations dans des domaines voisins (presse spécialisée, publications d’entreprises, service de presse, etc.). Dans ces cas, il faut garder à l’esprit deux choses :
- les minima indiqués par la CCT s’appliquent uniquement aux relations conventionnelles. En effet, ils sont liés à des conditions précises: l’employeur paie la part patronale des contributions sociales, le collaborateur conserve tous les droits sur sa production, etc. En dehors de ce cadre, vous exercez une profession libérale pour lesquelles vous fixez vos tarifs librement. En plus, il s’agit de prix planchers.
- vous êtes journaliste d’abord. Evitez absolument les conflits d’intérêts, indéfendables du point de vue de l’éthique professionnelle. Par exemple, si vous avez un mandat «privé» pour une entreprise, il est exclu d’écrire sur cette même entreprise pour la presse. La Déclaration des devoirs et des droits des journalistes demeure le fondement déontologique incontournable de la profession.
Les conditions de travail des collaborateurs extérieurs ont été négociées avec les éditeurs et font partie intégrante de la CCT. Reste à trouver le bon modus vivendi avec les rédactions.
Les conseils qui suivent ne sont que des indications générales: encore une fois, chaque situation est particulière.
A qui s’adresser?
Identifiez le fonctionnement de la rédaction visée et la personne en charge de la rubrique qui vous intéresse. La moindre des choses est de connaître le support auquel on s’adresse. Il est évidemment utile d’y avoir un contact de confiance. Dans le cas contraire, n’hésitez pas à demander leur avis à des collègues libres, qui pourront partager leur expérience. Attention aux moutons noirs, ces rédactions qui fonctionnent presque uniquement avec des libres (donc accueillent volontiers leurs contributions), offrent des tarifs en dessous des minima… et finissent parfois par ne jamais payer.
Que proposer?
Chaque journaliste a ses propres domaines d’intérêt, réseaux et compétences. L’essentiel est de soumettre des idées qui sont d’une part en phase avec le support en question, d’autre part qui comportent une réelle plus-value. Le compte-rendu d’une conférence de presse déjà couverte par les journalistes salariés n’a aucune chance de trouver preneur, alors qu’une enquête inédite sur un sujet novateur sera plus facile à placer. Les rédactions sont inondées de communiqués, de dépêches d’agences et pour certaines, de propositions d’autres Libres. Il faut donc jouer sur l’originalité, l’exclusivité et le «timing». Certains sujets arrivent selon l’actualité trop tôt ou trop tard.
Comment proposer?
C’est souvent le premier problème qui se pose au Libre qui n’a pas un allié dans la place. Comment expliquer un sujet d’article sans risquer de se le faire piquer? Jusqu’où doit-on dévoiler ses batteries? Le principe de base est simple, s’il n’est pas toujours facile à appliquer: éviter de communiquer l’information clé, celle qui permettrait, tout autre critère mis à part, de traiter le sujet sans vous. Dès le moment où une relation de confiance s’installe, ces précautions devraient devenir inutiles.
La présentation du sujet doit être simple et concise. Cherchez un bon titre de travail, cela vous obligera à synthétiser vos idées. Souvent, une préenquête est nécessaire pour assurer la faisabilité du sujet et collecter des arguments. Dans la mesure du possible, ce temps de préparation doit être pris en compte dans les futurs honoraires.
Parlez d’argent…
…le plus vite possible. Un journaliste libre n’est pas un mendiant. Il faut donc s’accorder sans détour sur l’ampleur du travail et la rémunération. Cela évitera, autant pour la rédaction que pour le collaborateur, des malentendus qui pourrissent les relations. La CCT est une base solide, en gardant à l’esprit qu’elle fixe des minima et que ces derniers sont liés à des conditions précises. Souvent les rédactions sortent un chiffre de leur chapeau et tentent de l’imposer. A chacun de savoir s’il y trouve son compte sans tomber dans la sous-enchère, s’il tente de négocier de meilleures conditions, ou s’il décline l’offre. Faites respecter vos droits, on vous respectera. Inutile de faire des cadeaux aux éditeurs, vous n’obtiendrez jamais rien en retour. Visez plutôt la qualité et la fiabilité.
Soignez le travail
Une fois le cadre fixé, l’essentiel est évidemment de livrer un travail soigné, en respectant les délais et le lignage. Quitte à dépasser (au début du moins) le temps d’enquête et de rédaction convenu. Cela implique de connaître les habitudes de la maison (genre de titre, chapeau, sous-titres, etc.) et de s’y adapter. Le but étant que la rédaction ait le moins d’interventions à faire après coup. Exigez de discuter les éventuelles modifications et vérifiez les corrections faites par la rédaction (y compris le titre). Ce droit est prévu par la CCT. L’article paru représente la véritable carte de visite du journaliste.
A ne pas oublier: sauf accord contraire (et rémunéré), le Libre demeure propriétaire de ses droits, il peut donc revendre un article publié à d’autres supports en ayant soin de mentionner sa première parution.
Multipliez les contacts
Une hirondelle ne fait pas le printemps et les premières parutions ne lancent pas une carrière. Les refus seront plus fréquents que les accords, pour des raisons plus ou moins fondées. Il faut garder à l’esprit la différence de perspectives entre une rédaction et un collaborateur extérieur. Ce dernier, dès lors qu’il s’empare d’un sujet, a tendance à le considérer comme le plus important du moment. Le rédacteur salarié, de son côté, est bombardé d’informations qu’il n’a pas toujours le temps de digérer. Il a aussi une approche plus distancée et comparative des sujets. Il arrive qu’une rédaction ait de la peine à juger de l’intérêt d’une proposition par manque de connaissances. Elle peut avoir tendance à suivre ce que publient les grandes agences. Parfois au contraire, elle est mieux informée que le Libre, notamment sur ce qui a paru ailleurs, ayant accès à plus de sources. Elle peut aussi bien décider que «cela n’intéresse pas [nos] lecteurs», une excuse très commode. Morale: l’obstination est la mère de toutes les vertus pour les journalistes libres.
Vous aurez intérêt à multiplier rapidement vos contacts afin d’élargir votre base de subsistance et de ne pas être trop dépendant d’une ou deux sources de revenus. Rien n’est plus fragile que la relation avec une rédaction. Là aussi, les échanges avec d'autres journalistes libres sont souvent précieux.
Reportage à l’étranger
Si vous avez une idée claire de votre sujet et de sa faisabilité, prenez contact avec des rédactions avant le départ pour tenter de négocier un arrangement, avec participation aux frais. N’oubliez pas de demander une lettre d’accréditation (dans une langue utilisable, en anglais au moins) qui atteste que vous êtes envoyé par cette publication. Dans certains pays, elle est un complément indispensable à la carte de presse.
La carte de presse internationale (délivrée par la Fédération internationale des journalistes via impressum) peut être utile, toutefois l’expérience montre qu’elle n’est pas absolument nécessaire.
Le reportage à l’étranger est par définition coûteux. Une seule parution ne couvrira jamais les frais et le travail engagés. Pensez à multiplier les accords de collaboration avant votre départ et à extraire de votre voyage des aspects qui pourront être placés dans divers supports sans se faire concurrence.
Et en dehors de la presse?
L’inscription au registre professionnel (RP) exige que la moitié au moins de l’activité professionnelle soit consacrée à un travail journalistique. Cela laisse de la marge pour des collaborations dans des domaines voisins (presse spécialisée, publications d’entreprises, service de presse, etc.). Dans ces cas, il faut garder à l’esprit deux choses :
- les minima indiqués par la CCT s’appliquent uniquement aux relations conventionnelles. En effet, ils sont liés à des conditions précises: l’employeur paie la part patronale des contributions sociales, le collaborateur conserve tous les droits sur sa production, etc. En dehors de ce cadre, vous exercez une profession libérale pour lesquelles vous fixez vos tarifs librement. En plus, il s’agit de prix planchers.
- vous êtes journaliste d’abord. Evitez absolument les conflits d’intérêts, indéfendables du point de vue de l’éthique professionnelle. Par exemple, si vous avez un mandat «privé» pour une entreprise, il est exclu d’écrire sur cette même entreprise pour la presse. La Déclaration des devoirs et des droits des journalistes demeure le fondement déontologique incontournable de la profession.
